Voici pourquoi L’économie camerounaise va droit dans le mur. Le choc risque d’être violent!

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J’ai longtemps choisi le silence comme mode d’expression en m’accommodant au fait que le silence est d’or et que « les grandes douleurs sont muettes » (proverbe extrait d’Hippolyte de Sénèque). A plusieurs égards, Ne rien dire peut servir à l’individu comme moyen d’expression pertinent.Mais, comme j’ai du mal à refouler les réflexes du journaliste engagé (resté lucide) que je fus jusqu’à un passé relativement lointain, je confesse avoir eu de la peine à supporter longtemps le langage du silence. Je vais donc réagir à la situation économico-financière critique dans laquelle se trouve le Cameroun actuellement.
Je puis d’emblée dire que ce qui va mettre en grande difficulté le gouvernement camerounais et donc le régime Biya, ce ne sont ni les effets dévastateurs de la privation de liberté du Pr Kamto (1er acteur politique de l’opposition) et ses alliés, ni le coût faramineux de la guerre contre Boko Haram, ni les affres de la guerre dans le NOSO (dont certaines localités sont devenues des villes (ou villages) fantômes, ni la cessation des activités du 2e employeur du pays (après l’Etat) qu’est la CDC, mais bien la crise financière alimentée et exacerbée par les autres crises précitées.
Le terme crise financière s’emploie pour désigner un ensemble assez large qui inclut notamment la crise du change (crise de devises), la crise du système bancaire, la crise boursière, la crise de la dette publique et même les crises qui affectent un marché à terme.La crise financière du Cameroun est le résultat de l’endettement non maitrisé de l’Etat, de l’immodéré déficit budgétaire et de la crise des devises qui a déjà entrainé une dévaluation informelle du FCFA d’Afrique Centrale.

La non soutenabilité de l’endettement de l’Etat
La situation de l’endettement de l’Etat du Cameroun a été donnée en janvier 2019 par la source la plus autorisée qu’est le ministère des Finances dans sa note de conjoncture. Suivant ce document, la dette publique du Cameroun est passée de 3726 milliards en 2014 à 7131 milliards FCFA en 2018. Ce qui veut dire qu’entre les deux périodes de référence, la dette publique a augmenté à hauteur de 3405 milliards FCFA (donc, en l’espace de quatre ans). Soit un accroissement en moyenne annuelle de 851,25 milliards FCFA.
Les données relatives à l’évolution de l’endettement du Cameroun se présentent comme suit : la dette publique totale du Cameroun n’était que de 9,7 % du PIB en 2008. Elle a cru tous les ans pour atteindre 21,5 % du PIB en 2014 (source : Banque Mondiale). Selon le ministère des Finances, elle représente 33 % du PIB en 2018.
Sans audit sérieux (peut-être emporté par douceur que doit revêtir le langage diplomatique), le Fonds monétaire international (FMI) a conclu que la dette du Cameroun reste soutenable à l’issue de la troisième revue du programme « Facilité élargie de crédit » (FEC), du 5 au 13 novembre 2018, la cheffe de mission Corinne Deléchat avait alors déclaré : « la mission note que les autorités s’efforcent de préserver la viabilité de la dette publique, notamment en limitant les emprunts non concessionnels ».

Rappelons que les emprunts concessionnels, terme technique que ne connaissent pas les non spécialistes, sont des prêts non assortis des conditions traditionnellement exigées par les banques commerciales et autres prêteurs à l’égard de l’emprunteur en matière de garanties. A contrario, les emprunts non concessionnels sont ceux assortis des conditions exigées par les banques commerciales et autres prêteurs en matière de garantie.
Mais, dans les faits, Selon les statistiques du ministère des Finances, de l’année 2010 au 30 avril 2019, le Cameroun a levé une enveloppe globale de 2616,3 milliards de FCFA (emprunts non concessionnels). Il l’a fait à travers diverses opérations de levée de fonds, aussi bien au plan local, régional et international.
Le principal pourvoyeur de fonds au Trésor public camerounais a été le marché des titres publics de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Le Cameroun y a mobilisé 1 370,9 milliards de FCFA depuis 2010.
En plus de ses opérations sur le marché des titres publics de la BEAC, le Trésor public camerounais a procédé à une série d’emprunts obligataires sur le Douala Stock Exchange (DSX), le marché financier local. Au total, 795 milliards de FCFA y ont été levés de 2010 au 30 avril 2019.

Pour le gouvernement camerounais, tout va bien dans le meilleur des mondes et les Camerounais ne doivent pas s’inquiéter de niveau actuel de l’endettement de l’Etat. Mais, nous estimons que le niveau d’endettement actuel de l’Etat est excessif parce qu’il met l’Etat dans l’incapacité à la fois à assurer le service de la dette et financer son fonctionnement et ses investissements.
Qu’on se comprenne bien, le recours systématique aux emprunts (extérieurs et intérieurs) n’est pas en soi une décision inappropriée. Le montant du stock de la dette doit être raisonnable et donc, en rapport avec la capacité de remboursement de l’Etat. Les emprunts contractés doivent servir à financer les investissements productifs dont l’exécution est soumis à un contrôle strict (afin d’éviter que les fonds reçus prennent des destinations non inconnues).Ils doivent servir à financer des projets qui permettent de réaliser les gains futurs.

Pour faire simple et afin que chacun comprenne bien de quoi il s’agit, il est préférable de démystifier cette notion de surendettement et ses effets sur l’économie : l’état est un agent économique comme vous et moi. On peut donc, par souci pédagogique transposer la situation de l’Etat à celle d’un cadre moyen (appelons le Alain Tohh).
La dette d’Alain Tohh. vis-à-vis vis des banques est passée de 5.500.000 FCFA en janvier 2014 à 10.000.000 FCFA en janvier 2018 alors que sa production annuelle de richesse (plus simplement, ses revenus) s’est stabilisée à 4 800.000 FCFA (soit 400.000 FCFA par mois). Est-ce qu’on peut dire que les finances d’Alain Tohh ne se portent pas mal? Ceci veut dire que les prêts reçus des banques n’ont pas généré de revenus supplémentaires. En clair, Alain Tohh s’est endetté pour financer des besoins non productifs (acheter une voiture personnelle), des dépenses somptuaires ou non nécessaires (entretenir ses maîtresses, s’offrir des weekends à Dubaï…) ou pour rembourser ses dettes dans les tontines. Alain Tohh a oublié ou feint d’oublier que le crédit a un coût : lorsque vous contractez un crédit, gardez à l’esprit que le banquier attend de vous périodiquement 2 paiements : les intérêts sur le principal (montant de l’emprunt non échu) et le remboursement partiel du principal (suivant l’échéancier de remboursement convenu). Le taux moyen réel de crédit dans les banques au Cameroun est d’environ 20 % l’an (taux d’intérêts annuels et tous les frais ordinaires ou abusifs dont vous êtes imposés pendant et après signature du contrat de crédit).

Revenons au cas d’Alain Tohh et prenons l’hypothèse moins douloureuse qu’il paie seulement les intérêts après obtention de sa banque d’un différé de remboursement de 2 ans (après examen de sa situation) pour le paiement des annuités (remboursement annuel du crédit). Rien qu’en intérêts (hypothèse de différé dans les 2 cas de figure), il passerait de 1.100.000 FCFA en 2014 (5.500.000*20%) à 2.000.000 FCFA en 2018 (10.000.000*20%). En payant ces intérêts en 2014, il lui resterait 3 700.000 FCFA. En payant les intérêts en 2018, il lui reste seulement 2.800.000 FCFA. Conséquence, en fin 2018, il ne lui reste pas assez pour faire face à ses propres besoins personnels et pour nourrir sa famille. Si en plus un de ses enfants lui vole en moyenne 400.000 FCFA par an, il ne lui resterait qu’en fait 2.500.000 FCFA (hors remboursement de l’annuité de crédit), soit environ 200.000 FCFA par mois.
Dans ces conditions, s’il ne se résout pas à trouver un second travail (travail de weekend par exemple) pour augmenter ses revenus, il sera quasiment impossible pour Alain Tohh non seulement de rembourser le crédit mais également de maintenir son train de vie. En considérant Alain Tohh comme un agent économique rationnel qui ne veut pas perdre toute crédibilité vis-à-vis de sa banque, il doit ramener ses besoins (dépenses) au niveau de ses revenus nets actuels. Ceci signifie qu’il doit réduire significativement son train de vie :
– fini les repas copieux (salade, riz avec sauce tomate au poisson accompagné d’un dessert, eau minérale) et place à la banane malaxée au poisson fumé et retour à l’eau servie par Camwater ;
– il doit quitter son appartement décent de Yaoundé-Mendong pour une baraque en terre battue de Yaoundé-borne 12, remettre les enfants dans les écoles publiques.

La situation d’Alain Tohh décrite ci-avant est à peu de chose près la situation dans laquelle se trouve l’Etat du Cameroun. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le Cameroun va mal et très mal. Au lieu de procéder à des ajustements exigés par la gravité de la situation, l’Etat a choisi de continuer à s’endetter soit pour se désendetter, soit pour financer des projets dont la nécessité n’est pas toujours établie ou qui ouvrent la porte à toutes sortes d’irrégularités imaginables. Le nombre d’emprunts obligataires émis par l’Etat depuis 2010 et les montants mobilisés à l’occasion sont glaçants (voir plus haut).
L’Etat a jeté son dévolu sur le FMI afin d’obtenir des financements supplémentaires. Auprès du Fonds, il a récemment présenté une situation non fidèle (pour ne pas dire erronée) de sa dette. Le FMI a constaté après vérification à posteriori que le niveau réel de la dette de l’Etat est plus important que ce qui est officiellement annoncé. Ce qui a amené son conseil d’administration à différer le décaissement de la 5e tranche de son appui budgétaire à l’issue de la 4e revue et l’examen de ce dossier par le conseil d’administration du FMI tenue le 26 juin 2019.

Le moins que l’on puisse dire est que le Cameroun a conforté sa place dans le cercle fermé des pays pauvres ayant une dette publique non soutenable obligeant l’Etat à systématiquement s’endetter pour se désendetter. L’État est donc forcé d’emprunter afin de se procurer des liquidités nécessaires pour couvrir les emprunts antérieurs arrivés à échéance. C’est ce qu’on appelle l’effet « boule de neige ».

Le recours à l’endettement est généralement la solution pour financer le déficit budgétaire. Le Cameroun y a eu systématiquement recours. Les déficits budgétaires successifs sont une des causes de la hausse non maîtrisée de l’endettement de l’Etat camerounais.

Source: https://www.camerounweb.com/CameroonHomePage/features/L-conomie-camerounaise-va-droit-dans-le-mur-Le-choc-risque-d-tre-violent-467357

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