Sérail: voici les mains noires derrière le limogeage d’Ernest Dikoum

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Le directeur général a été limogé, hier, sur fond de pressions mafieuses. Il est, depuis le décollage de la compagnie, le 28 mars 2011, le sixième directeur général éjecté de la Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co). Nommé le 22 août 2016, Ernest Dikoum aura à son tour subi la loi du «milieu», au terme d’une session extraordinaire du conseil d’administration tenue ce lundi, 27 mai, à Yaoundé.

Le fils du Nyong-et-kéllé cède son fauteuil à Louis Georges Njipendi, jusque-là président du conseil d’administration (Pca), qui lui-même cède son fauteuil au ministre des Transports (Mintransports), Jean Ernest Ngalle Bibehe, alors que Max Constant Mve sera son adjoint. Encore une page qui se tourne dans la douleur, chez l’«Etoile du Cameroun», dont l’instabilité au sommet laisse clairement deviner un problème systémique, et non managérial. En 8 ans d’existence en effet, la Camair-Co, compagnie à capitaux 100% publics, a eu à sa tête le Français Gilbert Mitonneau (2008- 2009), les Hollandais Alex Van Elk (2009-2013) et Boertien Matthijs Johannes (2013), avant les nationaux Frédéric Mbotto Edimo (2013-2014) et Jean-Paul Nana Sandjong (2014-2016).

Le limogé d’hier, comme le démissionnaire Gilbert Mitonneau est, selon des sources proches du dossier, victime des pressions et de certains membres du conseil d’administration et certains membres du gouvernement et de certains dignitaires de la présidence. Ses derniers échanges épistolaires, avec son Pca devenu son successeur, étaient en effet symptomatiques de relations exécrables. Pas plus tard que le 6 mai en effet, Louis Georges Njipendi enjoint son Dg de signer, avec la compagnie privée National Airways, un contrat de location d’un avion Embraer ERJ 145 de fabrication brésilienne, destiné aux vols domestiques. Pour le commanditaire, il s’agit de «pallier les graves difficultés auxquelles font face les opérations de la compagnie».

Conseil forclos

En réponse, le même jour, Ernest Dikoum, qui au passage avait sacrifié une belle carrière à Emirates pour se mettre au service de son pays, informe sa hiérarchie que la Camair-Co ne dispose pas des 171.843.750 francs exigés comme deposit, l’état de la trésorerie de la compagnie aérienne nationale étant jugé préoccupant. Il ajoute avoir sollicité le Pca en vue de lui présenter le comparatif des trois offres reçues, afin de lui permettre de déterminer laquelle choisir.

Le Dg n’a donc pas sollicité l’autorisation du conseil d’administration, pour la location d’un aéronef auprès de National Airways. Cette grosse incompréhension, qui aurait pourtant dû remettre les pendules à l’heure, a plutôt eu, selon des indiscrétions, le don de hérisser le poil d’une hiérarchie qualifiée d’omnipotente par les observateurs.

Laquelle a fini par obtenir la tête du «récalcitrant». À en croire lesdites sources en effet, les ordres de décaissement, à la Camair-Co, obéissent invariablement à la même mécanique : une sortie de fonds dont une partie prend des destinations inconnues. Si la compagnie a, en février, présenté un résultat d’exploitation prometteur (350.000 passagers transportés en 2018, contre près de 300.000 un an plus tôt, des recettes passées de 16 à plus de 26 milliards de francs pendant la même période), elle n’en est pourtant pas sortie de la zone de turbulences. À preuve : un seul des deux Modern ARK 60 (MA60), de fabrication chinoise, est opérationnel en même temps que le Boeing 767-300 ER, les deux Boeing 737-700 et le Bombardier Q400, sont cloués au sol.

Pire, 24 avril, un Collectif de cinq syndicats nationaux du transport aérien, dans un préavis de grève de 8 jours ouvrables adressé à la direction générale, présentait une société au bord du dépôt de bilan. Pêle-mêle, les signataires, qui dans la réalité étalaient au grand jour les pratiques obscures du conseil d’administration, y dénonçaient la paupérisation du personnel, l’arrêt quasi-total de l’exploitation de la compagnie, le manque de moyens financiers, la perte progressive de la clientèle, la dégradation du service à bord, la quasi-inexistence du cargo, le manque d’un code de rémunération, des pilotes en souseffectif, la démission des cadres, la modification unilatérale des contrats de travail, l’exclusion totale de la Camair-Co des opérations du pèlerinage à la Mecque.

Y figuraient également le non-reversement systématique des cotisations sociales, le non-reversement systématique des cotisations syndicales retenues à la source par l’employeur, l’ouverture manifeste du ciel camerounais aux compagnies étrangères ainsi que le non renouvellement du conseil d’administration de Camair-Co. Sur ce dernier point, le Collectif relève que ladite instance est actuellement non pourvue presque de moitié, et déjà arrivé en fin de mandat depuis le 22 février 2019 (tous les administrateurs, hormis le seul Pca).

Source: Info Matin N°524

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